#Carêmentplus n°2 : le Temps des Evangiles

Pour ce 2ème vendredi de notre parcours de Carême, contemplons le maître du temps par excellence : Jésus. Et rien de mieux que les Évangiles pour entrer dans sa temporalité ! Lui qui n’avait ni endroit pour poser sa tête, avait tout le temps qu’il faut pour aller à la rencontre de ses contemporains, pour annoncer la bonne nouvelle, guérir les malades, pardonner les pécheurs, aimer simplement, et il est un exemple pour nous qui souvent, « manquons de temps », « perdons notre temps », « voulons changer le temps ».

Il y aurait beaucoup à dire sur le sujet tant les évangiles sont riches mais pour cet article, j’ai choisi de me focaliser sur trois passages de l’évangile selon saint Jean : Jésus à Cana avec Marie sa mère (Jean 2, 1-11) ; Jésus au bord du puit avec la samaritaine (Jean 4, 5-26) ; Jésus au tombeau de Lazare avec Marthe (Jean 11, 1-44). Et vous verrez, qu’à travers ces trois évènements, ces trois rencontres de Jésus, se dessinent nos trois grandes tentations vis-à-vis du temps.

A Cana, ne nous laissons pas presser mais entrons dans le temps de Dieu !

Tout d’abord, arrêtons-nous à la scène du premier miracle de Jésus : à Cana, en Galilée. C’est un jour de noces : un jour de joie ! Jésus y est invité avec Marie, sa mère. Or, le vin venait à manquer alors Marie s’empresse d’en informer Jésus. C’est qu’elle le sait, elle le croit qu’il est le Fils de Dieu et qu’il peut tout, alors elle le pousse à agir. Elle se dit que c’est maintenant qu’il peut accomplir un miracle. Effectivement, il le peut mais Jésus va lui répondre : « mon heure n’est pas encore venue ! »

Marie voulait peut-être l’inscrire dans un temps qu’elle avait jugée idéal, « le bon moment » selon elle, pour que sa gloire se révèle, mais elle comprend, par la réponse de Jésus, que Son temps n’est pas le sien. Avec Jésus, rien ne presse ! Tout arrive au bon moment ! Alors comme à l’annonciation, elle s’abandonne en Son temps : « faites tout ce qu’il vous dira », autrement dit, « je ne sais pas quand mais je crois que tu agiras ! Alors dès aujourd’hui, je veux accomplir ta volonté. »

C’est le problème de notre société aujourd’hui : toujours courir après le temps. Nous n’aimons pas les temps vides. Nous aimons faire les choses tout de suite. Et dans notre empressement, nous pressons les autres, nous ne leur laissons pas le temps. Si l’un ne rentre pas dans la norme temporelle, alors il est différent, alors il n’est pas rentable, alors il est contreproductif.  Pourtant, ce serait faire fausse route que de croire que tous ont besoin du même temps pour accomplir une activité. Certains ont besoin de plus de temps que d’autres. C’est la règle de toute pédagogie : chacun va à son rythme.

Il se trouve que dans la foi, c’est pareil. Jésus prend son temps, il a tout son temps, parce que pour lui chaque seconde du temps est précieuse. Dans cette première étape à Cana, Jésus démasque notre tentation du « je n’ai pas le temps » et nous invite à cueillir le temps comme un don infiniment précieux de Dieu. Un temps non pas pour courir après les choses extraordinaires, les miracles, mais un temps où je suis réellement présent, dans les petites taches quotidiennes. Chers amis, pensons à toutes les fois où nous avons dit « je n’ai pas le temps » et la prochaine fois que nous le dirons, rappelons-nous que le temps n’est pas le nôtre, ni celui de nos frères et sœurs, mais celui de Dieu. Dieu est bon en tout temps !

Au bord du puits, ne nous laissons pas endormir mais tenons-nous prêts !

Continuons notre route avec Jésus. Allons un peu plus loin et arrêtons-nous maintenant au bord de ce puit de Samarie. Pourquoi ? L’évangile nous le dit : parce que Jésus était fatigué par la route. On imagine bien qu’après tant de marches, tant de rencontres, de guérisons, tant d’enseignements sur les places ou en synagogues, il ait besoin lui aussi de se poser, d’avoir du temps pour lui. Mais il est encore plus surprenant de découvrir comment Jésus va user de ce temps calme : il va en profiter pour faire une rencontre, une samaritaine (qui, elle, est dans un autre temps, celui de sa tâche quotidienne), pour initier en elle un chemin de conversion. Finalement, Jésus n’est jamais vraiment en « off » car il est toujours prêt au rendez-vous !

Ici, Jésus ne blâme pas le temps du repos (il est bon de se reposer !) et il nous invite à ne pas blâmer les temps de repos. Ce ne sont pas des temps à ne rien faire, où rien ne se passe. Chaque temps est un rendez-vous avec Dieu. Nous devons nous tenir prêts, car nous ne savons ni l’heure ni le jour (Mt 25, 13). Le temps pour aimer et servir, pour réconforter et guérir, le temps pour encourager, c’est aujourd’hui, mieux encore, c’est maintenant, à l’instant T. La samaritaine n’avait pas prévu cette rencontre mais elle s’est laissée rejoindre dans le quotidien de sa vie.

Peut-être que, comme toutes les autres activités de notre agenda, nous avons planifié du temps pour Dieu, pour la paroisse, pour la prière… mais laissons-nous Dieu nous rejoindre au cœur de notre quotidien ? Dans les imprévus du jour ? Pour vous dire, nous en faisons l’expérience à chacune de nos aventures de foi. Même si Valou nous prépare toujours un beau programme spirituel pour nous aider à rejoindre Dieu, nous nous rendons bien compte, une fois sur place, que nous devons laisser la place à Dieu pour nous rejoindre. Ainsi, à Lisieux, le service du restaurant où nous étions était si long que nous nous disions que nous ne serions pas à l’heure à la basilique. Effectivement, nous ne l’étions pas mais nous étions à l’heure pour aider notre sœur en fauteuil roulant à gravir la route jusqu’à la basilique. De même, à Pontmain, nous avions prévu de suivre le parcours jubilaire mais n’avions pas prévu de croiser ce couple qui nous demande de chanter pour accompagner leur prière. Enfin, à Pellevoisin, quelle grâce d’avoir pu bénéficier d’une conférence du frère François qui nous a permis de mieux comprendre l’histoire d’Estelle Faguette, pour découvrir la beauté et la profondeur des lieux de ce sanctuaire.

Oui, toute seconde est grâce avec Dieu. Simplement, comme Jésus au bord de ce puit, il vient te rejoindre dans ton quotidien, à toi de lui laisser une place, à toi d’ouvrir ton cœur à sa présence. Chers amis, la prochaine fois que tout ne se passe comme prévu, dites-vous que c’est Dieu qui vient à votre rencontre ! Ouvrez-lui la porte pour qu’il puisse parler à vos cœurs !

Au tombeau, ne nous laissons pas décourager mais soyons bénis par Dieu !

Pour cette troisième et dernière escale avec Jésus, nous voici au tombeau de son ami Lazare. Quelle douloureuse épreuve ! Marthe, la sœur du défunt s’y trouve et pleure son frère. Elle reproche même à Jésus de ne pas avoir été là car elle sait, elle croit qu’il aurait pu changer la donne : il aurait pu le garder en vie ! Oui, comme Marthe, il y a des situations que l’on voudrait changer. On voudrait remonter le temps pour inverser le cours des choses, mais malheureusement nous n’avons pas ce pouvoir.

Jésus, non plus, n’a pas ce pouvoir. D’ailleurs, sa première réaction face à la mort, c’est de pleurer avec Marthe. C’est le seul endroit de l’évangile où Jésus pleure, signe de l’affection qu’il avait pour son ami Lazare, et signe aussi qu’au temps des épreuves, il se tient près de nous et pleure avec nous. Il consent à l’épreuve de la mort et ne la rejette pas. Il l’accueille, et de cette épreuve, il a le pouvoir de faire jaillir la vie, de donner une seconde chance de vivre : la vie éternelle ! La résurrection n’enlève pas la mort, elle la transcende. Quand on revient à la vie, on n’est plus tout à fait le même : on est comme transfiguré !  

C’est bien difficile, me direz-vous, à vivre concrètement. Comment dans mes temps d’épreuves avoir foi en Dieu ? Après le décès de mon papa, je voulu maintes et maintes fois remonter le temps avec les fameuses questions : et si… ? J’ai pensé tant de fois avec le cœur serré à sa dernière heure seul dans cet hôpital, avec des questions qui resteront un grand mystère. J’ai vécu des nuits difficiles et des endormissements encore plus angoissants. Je n’aurais jamais les réponses à mes pourquoi mais je crois qu’il m’aide à répondre au comment : comment je vais faire pour continuer à vivre sans lui ? Il est en paix désormais, à moi d’être en paix aussi. Et il sera toujours avec moi. Oui, le décès de papa a bouleversé nos plans l’été dernier, mais il a su faire germer d’autres projets de vie et une dévotion encore plus grande à la Vierge Marie, lui qui l’aimait tant.

Dans le temps de nos épreuves, Jésus est là, présent avec nous, nous invitant à redire « je crois en Dieu » car c’est bien de le dire quand tout va bien, mais il est encore plus beau quand tout va mal, un véritable acte d’abandon et de foi. Et Jésus vient bénir tous les temps de notre vie, même le temps de nos épreuves, en y déversant continuellement sa grâce.

Finalement, cette troisième étape est un condensé des deux points précédents : entrer dans le temps de Dieu, c’est accepter chaque jour, même les épreuves, comme un rendez-vous avec Dieu, et c’est laisser sa grâce agir. Dans la foi, nous ne sommes pas seuls à traverser l’épreuve, et c’est aussi nous rappeler, à juste titre, que chacun vit l’épreuve à son rythme, à sa façon.  Quand bien même, c’est la même épreuve, nous ne réagissons pas de la même façon. Ainsi entrer dans le temps de Dieu, c’est accueillir l’autre dans son épreuve, l’accompagner et se tourner ensemble vers Dieu.

Les temps sont difficiles pour notre Monde, après la pandémie, nous voyons se dérouler sous nos yeux une guerre et tant d’évènements face auxquels nous sommes désarmés et inquiets. À notre petite mesure, que pouvons-nous faire pour traverser cette épreuve ? Ne pas céder aux caprices de l’Ennemi qui sont de nous diviser et nous faire perdre l’Espérance. Oui, chers amis, gardons confiance en notre Dieu, maître et sauveur de tout temps, prions-le, soyons persévérants dans la prière ! Et répondons fidèlement à l’exhortation de Notre Saint-Père.

En cette deuxième étape, prions le maître du Temps notre Seigneur Jésus-Christ, de nous donner d’apprendre en ce Temps Saint de notre Carême à lui abandonner la tentation de la maîtrise de notre Temps et à l’imiter à l’abandon à Notre Père Céleste.

Confions-nous à sa grâce, les uns, les autres, les uns pour les autres, en nous rappelant que nous sommes enfants du Père Miséricordieux.

Car après tout, Dieu est bon en tout temps et pour chacun !

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :