Un hymne à la vie !

Les grands ne sont pas toujours maîtres, il arrive qu’un plus petit que soi nous apprenne beaucoup plus. Et toi, ma douce, mon étoile, tu m’as appris l’essentiel de la vie.

J’avais 16 ans lorsque j’ai fait ta rencontre. Tu es venue au monde plus tôt que prévu, ce n’était pas le moment mais c’était ton moment. Tu étais si pressée de vivre et la vie ne t’a pas fait de cadeau. Il y a eu beaucoup de complications liées à l’accouchement, mais tu t’es battue telle une lionne pour vivre. En l’espace d’un mois, j’ai compris que la vie pouvait être béatitude et tristesse, et très vite, devenir la pire tragédie : ton petit cœur a lâché. C’était ton heure.

Tu auras vécu 1 mois et 2 jours et rien que ça, c’est pas rien ma championne. Certains diront pourtant que ça n’a pas de sens, pas de valeur, mais à quoi juge-t-on une vie ? Aux nombres d’années vécues ? Aux millions que l’on gagne ? Aux possessions que l’on amasse ? Aux exploits que l’on réussit ? Si ça n’en tenait qu’à ça, effectivement, mon bébé, ta vie est insignifiante. Dépouillée de tout, fragilisée dès ton premier jour, il ne te restait que ton cœur pour vivre et il était bien réel. Ce petit cœur qui a été désiré et aimé depuis toute éternité. C’est la seule chose qui compte en fin de compte : la vie est amour. L’amour est ce qui donne sens à la vie. Alors non, tu n’as pas été une erreur médicale, ni un accident. Tu as été faite par amour, pour l’amour. Tu as du prix aux yeux de Dieu, c’est lui qui t’a appelé à la vie et c’est lui qui t’a rappelé dans son éternité d’amour. Et tu as aussi du prix à mes yeux.

Car je t’ai aimé bien avant que tu naisses et bien avant que mes yeux se posent sur toi. Et comme une évidence de ce lien d’amour, m’a été donnée la grâce d’être ta maman dans la foi. Ma première et unique filleule, ma plus belle fierté. Mes proches peuvent en témoigner, je ne parlais que de toi. Tu as donné une raison de vivre à mon présent d’adolescente et à mon avenir d’adulte.  J’ai façonné tant et tant de projets pour nous. J’étais remplie de promesses pour ta vie mais j’en oubliais la plus importante. Et c’est toi qui me l’as révélé le jour de ton baptême.

C’était la première fois que je te voyais : tu étais là, si frêle, brisée de partout en ton corps, reliée à tant de machines qui te maintiennent en vie. J’ai d’abord été saisie de craintes et d’une grande tristesse. J’ai pris peur et j’ai laissé mes rêves, mes espoirs, nos projets s’écrouler comme un château de sable emporté par les vagues. Mais toi, tu es là, face à nous, si vulnérable, tu bouleverses nos émotions, nos raisonnements humains et ce que tu attends de nous, ce ne sont pas des actions et des projets, mais c’est avant tout une réelle présence. Tu ne t’imposes pas, tu te proposes telle que tu es, avec tes fragilités et ta beauté sans pareille. Sans un mouvement, sans un mot, tu me révèles que la vie est une douce promesse à cueillir dans les joies comme dans les peines.

Je crois au dialogue des âmes, au cœur à cœur, à la communication par l’amour. Oui, au moment de ton baptême, tu ne voyais pas le monde mais tu regardais, tu n’entendais pas mais tu écoutais, tu ne parlais pas mais tu dialoguais. Et pour cela, tu n’as pas besoin des sens. Le mouvement de ta petite main puis de ta tête, comme par hasard au moment où le prêtre – qui est aussi ton parrain – te signe de la croix et du saint Chrême est ton Amen au Seigneur, ton « oui » à la vie, et pour nous, un vrai signe de joie et d’espérance. La vie est toujours un miracle pour qui sait regarder et écouter. La foi nous aide à croire en ce miracle de vie.

Revigorée de ce moment unique passé avec toi, il faut déjà partir, retourner à mon quotidien qui ne sera plus comme avant car désormais, tu y avais pris place. J’ai signé pour être ta marraine et je t’ai promis d’être là pour toi. La vie est un combat, à nous de choisir les armes que l’on veut pour le mener. Mon arme à moi, ma façon de tenir ma promesse, c’était la prière. Chaque jour, je t’ai confiée à Dieu avec toute mon âme, mon cœur et ma foi. Je crois que c’est la mission première des parents, parrains et marraines : comme Joseph & Marie au temple de Jérusalem, il faut prier chaque jour pour l’enfant qui nous est confié, le remettre à Dieu dans nos prières. C’est ce que j’ai essayé de faire au quotidien et quelle surprise de découvrir que j’ai eu la force pour le faire chaque jour car quand on aime, on ne compte pas. Mais, peut-être, sûrement, j’ai prié maladroitement, comme on peut aimer mal, en demandant à Dieu que ma volonté (et non la sienne) se fasse mais il y avait toujours un signe divin pour réajuster ma prière à ce qu’elle doit être en vérité.

Les jours se sont écoulés avec des hauts et des bas, jusqu’à ce fameux jour où tu as déployé tes ailes d’ange vers le ciel et où, pour moi, pour ceux qui restent, commence un nouveau combat. Certains diront qu’on se remet plus facilement de ce genre de disparition. Que nenni ! Ce n’est pas parce qu’il y a peu de jours à une existence que la souffrance est moindre. Que ce soit une fausse couche, une grossesse extra-utérine, un bébé mort-né, ou dans mon cas, une grande prématurée qui n’a pas survécu, la souffrance est bien réelle, indicible, invisible mais tellement profonde. Et souvent une grande solitude. Qui peut comprendre ce que traverse une mère qui vient de perdre le petit être qu’elle a portée ? Je ne t’ai pas portée dans ma chair mais dans mon cœur, et c’est tout comme. J’ai eu le privilège de t’approcher, de te toucher, de te connaître, de t’aimer tout simplement et puis, du jour au lendemain, plus rien. Ton corps est réduit en poussière et les souvenirs auxquels on se raccroche sont souvent douloureux. La vie est un profond mystère qu’on cherche à résoudre mais qu’on ne comprendra jamais. Pourquoi toi ? Pourquoi moi ?

Dans ce long combat, dans ce mystère, j’ai reçu du soutien et des conseils, des bons comme des moins bons, mais ils m’ont tous fait avancer. En fait, on est bien obligé, qu’on le veuille ou non, de reprendre l’aventure de la vie. Tout en nous, autour de nous, nous montre que la vie ne nous attend pas, elle poursuit son cours. Après ta mort, j’ai eu mon baccalauréat, je me suis installée dans une nouvelle ville. J’ai fait de nouvelles expériences et de nouvelles rencontres. J’ai connu la réussite et l’échec. J’ai essayé d’apprendre à vivre sans toi, et parfois j’ai culpabilisé de vivre autant en sachant que tu n’es plus là. Il faut beaucoup de courage pour réapprendre à vivre après un drame. Car il revient parfois comme un boomerang en pleine figure : une date, un souvenir, une chanson, un lieu et me revoilà plongée dans la tristesse, les regrets, les questions, la nostalgie. La vie est un défi à faire face. J’ai souvent refusé de faire face à cette souffrance que ta mort avait causée en moi. Je ne me sentais probablement pas légitime de souffrir plus que tes parents, de pleurer autant, alors je l’ai enfouie en moi et n’en ai plus jamais parler. Jusqu’au mois de juin dernier où je me suis rendue au sanctuaire de Montligeon. Dans ce lieu de prière pour les défunts, je ne m’attendais pas à y trouver une chapelle pour les tout-petits défunts. D’un coup, ça a légitimé tout ce que je pensais illégitime. J’ai ici l’opportunité d’offrir au Seigneur, toute cette souffrance intérieure que j’ai camouflée pendant des années, et par la même, de prier pour toi, mon petit ange, ce à quoi j’ai failli pendant toutes ces années. La vie est un devoir à accomplir, nous ne devons pas l’oublier. Avec la certitude que tu m’entends, j’ai osé te le dire ce jour-là et je te le redis encore une fois : merci d’avoir illuminé mon regard et changé ma vie. Pardon pour toutes les fois où j’ai perdu espoir et où je t’ai privée d’attention. Je t’aime, je t’ai toujours aimé et je t’aimerai toujours.

Chapelle des Touts petits défunts à Montligeon

15 ans plus tard, je ne t’ai pas oublié ma toute belle et en cette date anniversaire de ton baptême, je te rends hommage par cet article. Pour tout te dire, je ne savais pas comment le commencer, ni ce que je pourrais bien dire sur toi. Tu m’as sûrement inspirée en me soufflant l’idée de parler de la vie. La vraie. Non pas celle que l’on rêve, celle que l’on aimerait, mais celle qui est aujourd’hui et qui sera pour l’éternité. Alors, j’ai pensé à un célèbre texte d’une grande sainte que j’aime beaucoup pour chanter l’hymne à la vie en ta mémoire et en mémoire de tous ces petits anges qui nous ont quittés et qui sont là-haut. J’écris ce texte comme un chant d’espoir pour les mères, les pères, pour les familles qui ont été, sont ou seront un jour confrontées à cette épreuve du deuil périnatal. J’écris pour leur dire de ne pas avoir peur, de faire confiance, de croire en ce miracle de la foi, en cette promesse de la vie.

La vie est ce qu’elle est : un don si précieux de Dieu. Un don qui nous dépasse. Tout dans la vie nous dit quelque chose de l’Amour et de la Bienveillance de notre Dieu. Si tu regardes bien, tu les verras et tu comprendras que vivre, c’est s’abandonner en sa volonté même si tu ne comprends pas tout ; c’est apprendre à danser sous le soleil et sous la pluie, c’est cueillir chaque jour comme une occasion d’aimer davantage comme Dieu lui-même nous a aimés. Vivre, c’est marcher résolument vers l’espérance qui nous attend, la vie éternelle. Et c’est alors comprendre que rien n’arrête la vie. Pas même la mort, comme le disait sainte Thérèse de Lisieux : « je ne meurs pas, j’entre dans la vie. »

Oui mon petit ange, ma grande filleule, il y a 15 ans, tu ne m’as pas quittée, tu es juste passée de l’autre côté. Tu es entrée dans la vie. Tu n’es pas là où j’aurais aimé que tu sois mais tu es partout où je suis. Tu veilles sur moi à chaque instant. Sur le registre des Hommes, est écrit pour l’éternité que je suis ta marraine pour le meilleur et pour le pire. On a traversé le pire, et maintenant que je suis en paix, le meilleur est à venir.

Alors vole ma douce, mon hirondelle, vole et vis la vie, le monde est si beau vu du ciel ! De temps en temps, jette un regard sur moi et aide-moi, moi aussi, à vivre la vie, en attendant de te retrouver dans l’éternelle vie.

Je t’aime ma princesse !

Ta marraine

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